15 novembre 2017

Contre une Europe rapetissée

Paris 15 novembre


Au temps de l’Europe des Six, les eurosceptiques d’alors ironisaient sur le thème d’une Europe-croupion dont les institutions prétendaient abusivement représenter l’ensemble du continent. Au cours des dernières années, l’opinion s’est répandue, notamment en France, suivant laquelle les difficultés rencontrées par l’UE provenaient d’élargissements excessifs, hâtifs et inconsidérés. Laurent Vauquiez, candidat à la présidence des Républicains, se déclare en faveur d’une nouvelle Europe des Six avec l’Espagne et sans le Luxembourg. Il s’agit là d’une orientation d’autant plus dangereuse qu’elle répond à un certain air du temps. Or cette voie est sans issue car elle ne serait pas de nature à apporter des solutions aux difficultés qui ont entravé le progrès de l’intégration. Promue par la France, elle aurait comme résultat immédiat de mécontenter tous les pays tenus à l’écart et d’aller à l’encontre du désir légitime de notre partenaire allemand de faire de l’UE le cadre d’une Europe apaisée dans la démocratie. C’est pourquoi on ne peut que se féliciter de la décision prise par vingt-trois pays de mettre en œuvre la « coopération structurée permanente » en matière de défense, sans qu’aucun des pays candidats aient été écartés.

23 octobre 2017

Brexit et Catalogne. L'Europe de retour ?




        Paris, 23 octobre 2017
 Paradoxalement le Brexit et la crise catalane pourraient contribuer à un certain retour en grâce d’une Union européenne en mal de soutien populaire. L’un et l’autre événement suscitent l’attention des médias. Dans un cas comme dans l’autre, l’appartenance à l’Europe est en question. Les Britanniques mesurent l’ampleur des difficultés dans lesquelles les a plongés un vote populaire motivé par des mensonges. Les Catalans découvrent que sortir de l’Espagne signifie sortir de l’Union européenne sans certitude d’un retour qui supposerait l’accord de Madrid. Face à ce double défi, l’Union a, jusqu’à présent, remarquablement maintenu son unité. Concernant le Brexit, la division est plus à Londres qu’à Bruxelles. Concernant la Catalogne, certains auraient souhaité une intervention, voire une médiation. C’eût été oublier que les traités font obligation à l’Union de respecter l’intégrité territoriale des Etats membres, que toute immixtion de l’Union sur un sujet aussi sensible pourrait avoir des conséquences redoutables, celle par exemple d’encourager les tendances irrédentistes que favorise partout le culte redoutable des identités ethno-culturelles.
         Est-ce à dire que l’Union soit condamnée au rôle de spectateur ? Son existence même, ses procédures qui tendent à substituer le droit à la  force pour le règlement des conflits sont une incitation permanente à la modération. S’y ajoutent sans doute des démarches discrètes auprès des antagonistes, notamment à propos de violences policières qui ne pouvaient que desservir la cause de l’unité espagnole. C’est aussi l’occasion de rappeler que l’Union, tout en respectant l’unité des Etats, valorise le rôle des régions, notamment par la création d’un comité des régions et par l’encouragement aux coopérations inter-régionales et transnationales. C’est aussi le moment de mettre à profit le retour d’une conjoncture favorable ainsi que les débats autour de l’appartenance à l’Union pour proposer un nouveau « narratif » qui mette en lumière le sens humaniste et la signification universelle du projet européen. C’est ce qu’a commencé notre nouveau président à Athènes, à la Sorbonne et en souscrivant à une Déclaration sur les symboles européens à laquelle manquait fâcheusement la signature de la France. Depuis le vote acquis de justesse sur le traité de Maastricht, nous n’avons cessé de sous-estimer l’effort de pédagogie nécessaire pour inscrire dans l’âme des peuples, et pas seulement des élites, le sentiment d’appartenance à l’Europe. Sachons faire des crises actuelles l’occasion d’une révolution culturelle afin que les liens qui unissent l’emportent définitivement sur les préjugés qui divisent.

02 octobre 2017

Un discours magnifique



                        Paris, 2 septembre
            Le mérite du discours prononcé le 26 septembre à la Sorbonne par le président Macron n’est pas tant dans le nombre et la pertinence de ses propositions que dans l’affirmation de la grandeur de l’entreprise européenne que des politiciens médiocres ont laissé glisser de la mystique à la technocratie. Les mêmes qui se désolent de la « perte du sens » dans nos sociétés de consommation sont souvent ceux qui caricaturent le grand dessein européen, refusant à l’Europe le mérite de ses accomplissements et lui attribuant la responsabilité d’échecs résultant de l’incapacité des Etats à surmonter leurs particularismes. Ceux qui, comme moi, attendaient depuis soixante ans qu’une grande voix française reprenne, prolonge et mette au goût du jour l’appel prophétique de Robert Schuman ont été comblés. Cette réapparition de la France sur la scène européenne arrive bien tard. Elle ne sera efficace que lorsque les réformes enfin entamées auront produit leurs premiers fruits. En attendant, ou plutôt sans attendre, un énorme travail de conviction reste à accomplir pour lequel il sera sage de prendre appui sur le Parlement et la Commission, notamment en renonçant à créer un Parlement bis pour la zone euro, proposition qu’Emmanuel Macron s’est judicieusement abstenu de reprendre à la Sorbonne.